In memoriam Pierre Trainar




Voici donc qu'une fois encore la mort a frappé nos rangs. Pierre Trainar était une grande figure de notre Académie. Honnête homme au sens de nos anciens, n'élevant jamais le ton,  n'outrant jamais le propos, il manifestait une urbanité de bon aloi dans ses propos. Ses conférences, ses discours comme ses lectures reflétaient sa personnalité : souriante, avenante, ouverte à l'autre quel qu'il fût avec une exquise courtoisie, et sachant refléter aussi bien la diversité des êtres que la profusion des choses - alors que beaucoup, surtout dans les milieux intellectuels, faute de ne savoir que dire, ne disent qu'eux-mêmes. Le regard attentif et souvent malicieux montrait son attention cordiale, cordialité qui n'était qu'une des manifestations sociales de la charité. Pierre Trainar était un homme de cœur : passé le temps de la réflexion, qui chez lui était profonde, venait celui de l'ouverture, de la générosité, de la vaillance, aurait-on dit jadis. Cette sensibilité parlait haut et résonnait fort, tout en paraissant silencieuse et discrète. Il était la mémoire vivante de notre Académie et pouvait sans hésitation répondre aux attentes de ses confrères comme à cellesdes jeunes chercheurs en quêtes d'aide. Son érudition, remarquable, était nuancée, non insistante et ressortissait àl'élégance intellectuelle. Son œil lumineux, s'il savait refléter le monde, brillait également d'un très vif éclat intérieur. Formé par sa lecture de l'antiquité grecque comme de la littérature allemande, où la philosophie ne se dissocie pas de la poésie, il savait que dire était comprendre et que l'harmonie n'était triomphante que pour avoir laissé en elle les contraires s'affronter et s'unir. Puis-je, en témoignage d'admiration et de fidélité, lire quelques vers extraits d'un de ses recueils. Lapis exilis, par quoi jadis un trouvère germanique désignait le Saint Graal de toute poésie :


« Pâtre du silence.
Jour de ma vie.
Oiseau prophète
qui dit l'heure de nulle part.
Montagnes violacées
qui se rapprochent avant la pluie.
Crépuscule intime
où change Ton visage.
Nuit trop vaste
et vent noir
qui heurte pour entrer...
Mais que faire d'un don si grand
qui est peut-être le destin ? »



Oui Pierre Trainar, le destin. Votre voix résonne en nous tous, elle sonne clair, pure comme l'était votre cœur. Voici à présent qu'elle s'est voilée, mais qui peut dire qu'elle se soit à jamais tue ? Mort, ou est ta victoire ? Là débute le mystère, là commence la foi.  Nous qui sommes ici, et qui pleurons, Pierre Trainar, nous avons confiance, et cette confiance  est d'autant plus forte que c'est de vous que nous l'avons apprise.  Voici venue l'heure du repos qui vous accueille dans l'éternité : qu'elle soit un signe de réconfort pour nous tous qui nous tous à présent sommes dans le désarroi.



A vous Mathilde, la chère et courageuse compagne de toute une vie, à vos enfants, sœur Marie et  Philippe et  son épouse  Sophie, à vos petits-enfants. Claire,  Florence et François nous disons notre tristesse et vous assurons de la fidélité de notre mémoire.



Voici venu le temps de la séparation terrestre, voici advenue l'heure de l'éternité. Pierre Trainar, vous qui avez  tant fait pour nous tous, vous qui avez tant donné, vous qui avez tant aimé nous vous disons adieu. Pierre, notre frère, nous vous disons au revoir. Dans cette ténèbre qui soudain nous entoure et nous étreint, surgit une lueur, une lueur d'espérance. Cette lueur, il nous appartient, à travers vous et grâce à vous, d'en faire une lumière.


G.M.

Couvent des Dominicains

Le 22 octobre 2012.